asut-Bulletin
Der Wert von Daten
Ausgabe
01/2024
Nous vivons à l'ère des données : Quelle chance !

Par Peter Grütter

Le 20e siècle a été le siècle de l'énergie : l'irruption victorieuse de l'électricité à ses débuts, le triomphe continu des combustibles fossiles et l'euphorie de l'atome jusqu'à la fin des années 70 ont fait progresser l'industrialisation et l'essor de la société de consommation mobile. D'un côté, ce siècle a donné une impulsion considérable à la recherche, à la technologie, à la mobilité et à la prospérité. De l'autre, il a créé les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui : Crise climatique, congestion du trafic, croissance démographique et dommages environnementaux.

Mais une nouvelle ère a commencé : le siècle des données. Elles sont produites partout en grandes quantités, transmises, stockées, collectées et analysées. Le volume des données traitées chaque jour dans le monde entier s'élève à 1 1/4 milliard de gigabytes. Ces données permettent de percer à jour les chaînes de processus naturelles et humaines, d'optimiser l'utilisation de toutes sortes de machines et de ressources, de réaliser des innovations révolutionnaires et d'élaborer de nouveaux modèles commerciaux. Les réseaux de communication nécessaires à la transmission et au traitement de ces données sont devenus une infrastructure de base critique. Sans connexion à une infrastructure moderne de réseaux, de communication et de données, un pays n'est pas en mesure de survivre aujourd'hui, ou du moins peu équipé pour faire face à la concurrence mondiale. 

Grâce aux données, des choses que nous pensions inanimées ont désormais des yeux, des oreilles et une bouche. Grâce aux capteurs, aux puces et à la mise en réseau, les machines, les véhicules, les bâtiments et même les paysages peuvent donner des informations sur leur état et communiquer avec d'autres machines, véhicules, bâtiments ou paysages. Si l'on y met, en sus, l'intelligence artificielle et les systèmes d'apprentissage automatique, la capacité à prendre des décisions autonomes ou semi-autonomes s'ajoute à la capacité de communication. L'homme passe de plus en plus du statut de capitaine à celui de pilote : dans l'Internet des objets, il n'a plus qu'à surveiller ses machines, pas à les commander.

Les données  recèlent des trésors d'informations, d'où l'analogie avec les matières premières. Mais tout comme les matières premières doivent être extraites avant de pouvoir être utilisées, le savoir renfermé dans les données doit être puisé et rendu utilisable. Cela signifie d'une part qu'il faut créer une infrastructure appropriée pour les collecter, et d'autre part qu'il faut disposer du savoir-faire nécessaire pour les relier, les analyser et les utiliser de manière optimale. Et cela suppose l'échange de données : enfermées dans les silos, les données ne créent point de valeur. Elles créent de la valeur lorsqu'elles sont collectées, organisées et échangées dans une économie de données, un réseau d'entreprises, d'individus et d'institutions. Et la valeur dont nous parlons ici est importante : la Banque mondiale l'estime à environ 15 % du produit intérieur brut mondial en 2025, soit 15 à 20 billions de dollars américains.

Mais la valeur ajoutée des données est également de nature sociale. De même que, dans une société de la connaissance innovante, le savoir est un bien commun auquel le plus grand nombre de personnes possible devrait avoir accès, dans la société de l'information moderne, il en va de même pour les données, en particulier celles du secteur public. Cela suppose des compétences numériques largement ancrées dans la population, mais aussi des modèles d'accès équitables à des espaces de données sécurisés et des règles claires pour l'utilisation et le contrôle des données.

Utilisée à bon escient, la technologie moderne des données peut nous aider à assainir l'héritage de "l'ère énergétique". En développant, par exemple, une économie énergétique plus intelligente ou en passant des systèmes industriels et agricoles traditionnels à des processus cycliques. Ils créent les conditions nécessaires pour que les économies nationales puissent créer une prospérité durable dans un environnement intact. 

Mais les données sont également porteurs, c'est évident, d'un potentiel de dommages : elles peuvent être manipulées, les systèmes autonomes utilisés à mauvais escient. Les risques pour la sécurité et la démocratie liés à la cybercriminalité, à la cyberguerre, aux systèmes d'armes pilotés par l'IA ou aux institutions dont la crédibilité serait compromise par des fake news, sont considérables. Nous pouvons les maîtriser en renforçant la gouvernance internationale de l'Internet, en adoptant des règles multilatérales et en intensifiant la coopération internationale entre les services de sécurité et les forces de l'ordre.

Nous vivons à l'ère des données : Tirons-en le meilleur parti.
 

Peter Grütter

Peter Grütter est le président de l'asut, Association Suisse des Télécommunications.

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